📰 L’immobilier vauréen
Chronique 3 — Bel Air, ou l’achat qu’un maire ordinaire n’aurait jamais fait, même pas imaginé !
Une parenthèse utile s’impose.
Depuis le début de ces chroniques, je fais référence à une figure :
le maire ordinaire.
Mais de qui je parle exactement ?
Il s’agit tout simplement d’un édile qui gère la commune en bon père de famille.
La formule a disparu du code civil, certes, mais l’esprit demeure :
clairvoyance, économie, anticipation.
Un maire qui sait que le nerf de la gestion publique, ce n’est pas l’effet d’annonce,
mais la prévision.
Pour illustrer cette chronique sur Bel Air, je m’en tiendrai à ce qui est incontestable :
le document cadastral retraçant la vente, sa surface, sa classification.
Mais avant cela, une question simple :
le maire ordinaire aurait-il procédé à cette acquisition ?
La réponse est non.
Parce qu’il n’en aurait pas eu besoin.
La maison des associations aurait trouvé sa place dans l’ancienne mairie,
ou dans les locaux du palais de justice devenu mairie,
ou encore au chai.
Quant à la maison de santé, elle aurait naturellement pu s’installer à l’hôpital.
L’idée avait d’ailleurs traversé l’esprit du maire actuel,
mais le corps médical n’y a pas donné suite, malgré une subvention aujourd’hui disparue.
Venons-en aux faits.
La parcelle Bel Air est classée en zone UE dans le tout nouveau, et déjà inénarrable, PLU :
zone dédiée aux activités économiques, le lien avec une maison des associations est difficile à faire.
L’achat a été réalisé par le biais de deux emprunts, pour un montant total de
4 050 000 €, hors frais.
Le bien comprend :
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220 m² de locaux industriels, commerciaux ou assimilés,
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5 520 m² de locaux industriels, commerciaux ou assimilés,
-
8 540 m² de terrains d’agrément,
-
7 500 m² de sols, notamment dédiés aux parkings.
Ces chiffres suffisent à comprendre une chose essentielle :
il ne serait jamais venu à l’esprit d’un maire ordinaire d’acheter un tel ensemble immobilier. qui plus est est excentré et loin des bassins de vie.
Ni pour faire plaisir.
Ni pour soulager la Fondation Pierre Fabre.
Ni pour répondre à une urgence qu’il avait lui-même contribué à créer.
Pourtant, le maire actuel l’a fait.
Et, en toute honnêteté, il ne peut s’en prévaloir.
Il devrait au contraire s’en expliquer.
Car cette acquisition fut conduite en secret,
à l’issue d’une négociation solitaire,
sans débat préalable,
sans mise en perspective financière sérieuse.
Le maire ordinaire, lui, aurait eu conscience des coûts induits :
travaux d'adaptation, entretien, fonctionnement, mise aux normes, rénovation (l'immeuble a plus de 50 ans),
autant de charges qui viendront grever durablement les budgets de la commune,
sans qu’aucune occupation pérenne ne soit aujourd’hui garantie.
De surcroît, un an après elle est quasiment déserte !
Alors non.
Définitivement non.
Cette opération ne peut être portée au crédit du maire.
Elle ne peut que lui être reprochée.
Et nul doute que la Chambre régionale des comptes, lors de sa toute prochaine mission,
ne manquera pas de tirer les mêmes conclusions.
Mais rassurons-nous :
tout cela sera expliqué… plus tard.

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