Live à Lavaur : les “euh” de la République
C’est devenu une habitude vauréenne : on se connecte, on écoute, on soupire.
Le maire s’invite sur Facebook pour répondre aux questions des citoyens — et finit par répondre surtout à lui-même.
Hier soir, dans un “live” censé rapprocher la mairie du peuple, c’est surtout la fatigue du pouvoir qui s’est invitée à l’écran.
Reconnu jadis pour sa verve, son esprit d’à-propos et sa science du verbe, le maire de Lavaur m'est apparu fatigué comme un dossier Bel Air au bout de sa troisième commission.
Le regard las, le ton hésitant, la langue pleine de “euh”, on sentait plus le gestionnaire débordé que le capitaine à la barre.
Ce n’était pas le Carayon conquérant des grands soirs, celui qui, pendant trente ans, collectionnait les emprunts et les inaugurations comme d’autres les timbres.
Non. C’était un maire en mode “bâton de vieillesse”, botteur en touche patenté, prompt à inventer une vérité pour justifier chaque abandon.
L’EHPAD ?
“On ne construit plus d’EHPAD en France”, a-t-il affirmé.
Ah bon ? Voilà qui fera sourire les promoteurs en pleine frénésie d’appels d’offres pour ces établissements “inexistants”.
Un petit mensonge qui se veut rassurant — mais qui rassure surtout ceux qui n’ont pas Google !
L’IRM ?
Toujours “prioritaire”.
Une priorité qui dure depuis cinq ans, preuve qu’à Lavaur, les urgences sont chroniques.
La voirie ?
Des “reports normaux”, dit-il.
Normaux, sans doute, pour qui confond plan de circulation et parcours du combattant.
Mais le plus savoureux dans l’affaire n’est pas ce qu’il dit — c’est comment il le dit.
Ce live, c’était la démocratie version Carayon : un ping-pong verbal où chaque “euh” remplace un argument.
On pose une question, il répond à côté, change de sujet, et hop, on passe à la suivante.
Un art consommé de l’enfumoir participatif, où la parole publique devient un numéro de prestidigitation civique.
Alors, oui, bravo monsieur le maire : c’est un exploit de parler autant pour ne rien dire.
Mais à l’heure où Lavaur croule sous les dettes, les reports et les “projets prioritaires” à rallonge, on aurait aimé un peu moins de “euh” et un peu plus de faits.
À défaut de clarifier l’avenir de Lavaur, ce live aura eu un mérite : prouver que même un micro allumé peut témoigner de l’épuisement du pouvoir.
Et pour le reste… il existe d’excellents logiciels pour filtrer les “euh”.
Mais hélas, aucun pour filtrer la langue de bois.

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