L’A69, ou quand majorité et opposition mangent dans la même gamelle
L’A69, c’est cette autoroute qu’aucun citoyen n’a demandée, que le bon sens a refusée, que la loi a regardée d’un œil suspicieux… mais que tout le petit monde politique local s’est empressé de bénir.
On ne sait pas si c’est un projet d’infrastructure ou un rite initiatique entre puissants.
À l’origine, un rêve un peu fou de Pierre Fabre, aussitôt relayé par son protégé devenu maire, lequel semble considérer ce projet comme un héritage spirituel — à défaut d’être rationnel.
Dans la foulée, le PS applaudit, Terlier aussi, lequel a la particularité d’être marié à une cadre supérieure de la Fondation Pierre Fabre.
Pur hasard, évidemment.
Personne ne parle jamais entre eux, personne ne trinque ensemble, personne ne s’échange des sourires complices autour d’un plateau de petits fours.
Pas du tout.
Pendant ce temps, le droit tente courageusement d’exister, brandissant des recours comme on brandit un chiffon face à un taureau déjà lancé.
Les bulldozers, eux, n’ont rien vu, rien entendu, ils avancent.
Leur feuille de route tient sur un post-it : "On fonce."
Le reste n’est qu’un détail administratif.
Et voilà que notre maire, apôtre de l’A69, se retrouve victime collatérale de sa propre illumination : des camions partout, des rues saturées, Lavaur transformée en circuit de livraison express.
Arroseur arrosé ?
Non, arroseur noyé.
Il a donc pondéré son enthousiasme autoroutier d’un arrêté municipal pour calmer la circulation.
Un pansement sur un membre qu’il a lui-même coupé avec un bulldozer.
Mais la meilleure partie, la cerise sur le gâteau rassis, c’est l’opposition.
Au lieu de rappeler au maire que toute cette pagaille découle de SES choix, la majorité d’hier et d’avant-hier, l’opposition actuelle… le félicite.
Oui, félicite.
On se pince.
Bravo pour réparer momentanément un problème que vous avez créé, monsieur le maire !
Ces gens-là sont capables d’applaudir un pompier qui souffle sur un incendie avec une paille après l’avoir allumé à l’essence.
Il va falloir arrêter de parler d’opposition.
Nous avons manifestement affaire à une majorité élargie, un club de réflexion chaleureusement consensuel, où l’on se dispute un peu en public mais où, en coulisses, tout le monde mange dans la même gamelle.
Car applaudir l’arrêté, c’est applaudir l’autoroute.
C’est cocher la case "écocide" avec un sourire.
C’est dire aux habitants : « oui oui, on sait que ça détruit, que ça dérange, que ça pollue… mais ne vous inquiétez pas, on a mis un petit pansement réglementaire sur la catastrophe. »
Et maintenant ?
Maintenant on va « faire avec ».
Comme toujours.
Lavaur devient laboratoire de l’absurde : on fabrique un problème, on félicite celui qui l’a créé, et on demande aux habitants de dire merci.

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