visite guidée dans le royaume du trompe-l’œil
Invité par le maire, il a eu droit, comme tout haut fonctionnaire de passage, à la traditionnelle promenade hygiénique dans le décor soigneusement repeint pour l'occasion. Une visite protocolaire où l’on déroule plus de rubans que de vérités.
Est-il dupe ?
Certainement pas.
Ces gens-là ne se déplacent
jamais sans leurs fiches, leurs notes, leurs alertes budgétaires, et
surtout leur revue de presse locale, ce qui, à Lavaur,
suffit à gâcher un café avant même qu’il ne soit tiède.
Derrière la photo officielle, bien cadrée, bien propre, derrière
l’article quasi hagiographique de la presse locale, toujours
prompt à s'extasier quand on lui souffle la chanson, se cache
l’autre réalité.
Celle que tout le monde a en tête mais que
personne n’a osé prononcer devant le préfet :
– La dette astronomique qui ferait pâlir un comptable
soviétique.
– Les errances immobilières dignes d’une
municipalité en perte de gravité.
– La voirie abandonnée
comme un meuble sur le trottoir.
– Les subventions distribuées
façon pluie tropicale… mais sans parapluie de contrôle.
– Le
gouffre Bel Air, monstre administratif jamais rassasié.
–
L’hôpital, exsangue, agonisant, qu’on présente encore comme «
en transition ».
– Et bien sûr, l’ombre grandissante d’une
mise sous tutelle qui, paraît-il, « n’est pas
d’actualité ». Jusqu’au jour où elle le devient.
On ne parle pas de ces choses-là lors d’une visite
préfectorale.
Pas le lieu, pas le moment, comme disent
ceux qui n’ont plus ni lieu ni moment pour dire la vérité.
Manœuvre électoraliste ?
Le maire répondra, innocent comme
un agneau du Carême, qu’il est d’usage d’inviter un nouveau
préfet.
Certes.
Mais ce n’est pas une raison pour supposer
que celui-ci soit le perdreau de l’année.
Quant au préfet, il a promis son appui.
Un appui téméraire,
ou charitable, ou simplement protocolaire, nul ne sait.
Mais il
repart sans doute en se disant que Lavaur, derrière ses façades
ripolinées, risque fort de devenir bientôt un cas d’école… ou
un cas d’urgence.

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