Nous sommes témoins médusés de ce cirque municipal dont nous sommes malgré nous les figurants permanents, permettez qu’en ce jour décisif, solennel, presque historique, je m’attarde, longuement, fastidieusement diront les esprits chagrins, sur les forces en présence pour nos prochaines élections vauréennes, ces élections dont dépend, répétons-le avec la majesté nécessaire, le sort, le destin, l’avenir, oui l’avenir de notre bonne cité, jadis prospère, désormais brinquebalée comme une carriole municipale descendue d’un col sans freins.
Car trois listes, murmure-t-on dans les chaumières, frémissent et bruissent comme de jeunes pousses politiques dans le terreau aride de Lavaur.
Trois ? Que nenni ! Car à les examiner avec la rigueur d’un percepteur zélé un jour de contrôle fiscal, il apparaît que deux seulement existent, et que la troisième n’est qu’une illusion d’optique, un mirage démocratique, une ombre portée de la majorité.
La première : le bloc d’airain, celui que forment, d’une étreinte aussi discrète que constante, la majorité actuelle et l’opposition consentante, opposition qui, telle une épouse trompée mais résignée, vote à plus de 95 % les délibérations proposées par celui qu’elle prétend combattre avec véhémence dans les couloirs mais sans conviction.
Ah ! 95 % ! Ce chiffre devrait être gravé dans le marbre de la cour mariale, tant il illustre le degré de confusion idéologique et de consanguinité politique entre ces deux formations que seul un entêtement liturgique empêche de fusionner officiellement.
Qu’on en juge : ils votent contre le budget, certes, par posture, par principe, par réflexe pavlovien ; mais ils votent tout le reste, c’est-à-dire la totalité de ce qui exécute ce budget qu’ils rejettent !
Il faut une souplesse intellectuelle digne d’un contorsionniste de foire pour réussir à être contre la source, mais pour les affluents ; contre la charpente, mais pour les poutres ; contre la locomotive, mais pour les wagons.
À ce niveau, ce n’est plus de la politique : c’est du cartésianisme de cuisine.
Et ne parlons pas, mais parlons-en tout de même, du dossier Bel Air pour illustrer cette posture.
Le maire en eut l’idée, disons-le poliment, aussi solitaire qu’un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Il en négocia le prix dans l’ombre la plus épaisse, justifiant son empressement par l’apparition fantomatique d’un acquéreur concurrent dont on cherche encore le spectre dans les rues de Lavaur.
Mais qui vota l’achat ? Le conseil municipal tout entier, moins l’opposition qui, dans un geste olympique d’ambiguïté calculée, choisit… l’abstention.
L’abstention ! Ce mi-figue mi-raisin permanent, ce « je suis contre mais pas trop », ce « je ne veux fâcher personne, surtout pas ceux qui pourraient me servir plus tard ».
C'est donc 33 responsables, et non un seul, qui portent la paternité de cette acquisition qui restera dans les annales comme un cas d'étude en imprévoyance budgétaire et en naïveté associative.
Et n’oublions pas ces associations, consultées comme on consulte un oracle rhumeux, qui n’eurent pas un souffle, pas un murmure, pas un soupir pour questionner les incohérences de gestion, les coûts de maintenance, les frais d'assurance, les charges futures.
On croirait des convives applaudissant l’achat d’un château en ruines sans demander qui paiera la toiture.
Ainsi va la première liste, coalition improbable d’ambitions individuelles, de fidélités incertaines et de convictions élastiques. qui doit être donc associée avec la liste dite d'opposition, la fumeuse union de la gauche !
La seconde ?
Pour Lavaur Tout Simplement.
Une liste qui s’avance, osons le dire sans crainte des envolées grandiloquentes, comme une promesse de renouveau, une éclaircie dans la brume, un courant d’air frais dans une salle du conseil mal aérée.
Il faudra lire le programme, attentivement, scrupuleusement, religieusement même.
Mais tout laisse penser, au vu du paysage dévasté laissé par les compétiteurs en place, que le changement n’est plus une hypothèse mais une possibilité tangible, presque palpable, presque respirable.
Ainsi retenons ceci :
voter pour la droite actuelle ou voter pour “la gauche” réduite à son noyau macrono-place-publiquiste- écolo, c’est voter pour la même inertie, la même confusion, le même théâtre où les acteurs changent de rôle sans jamais changer de texte.
Et si Lavaur veut sortir de l’ornière, il lui faudra peut-être cesser de choisir entre l’immobilisme confortable et l’opposition qui s’oppose sans jamais contrarier.

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