INTERVIEW...
« Le maire, le préfet et l’éléphant dans le salon »
Interview imaginée par "le petit vauréen libéré".
- Monsieur le Maire, merci de nous accorder cet entretien malgré votre emploi du temps, qui semble aussi chargé qu’un dossier d’urbanisme à Lavaur.
C’est normal. J’aime beaucoup parler de moi. Et quand je ne parle pas de moi, je m’écoute penser, ce qui revient à peu près au même.
- Vous avez donc accueilli le préfet. Comment cela s’est-il passé ?
Magnifiquement. Je lui ai présenté la ville comme un vendeur de voitures présente une Twingo de 1994 : avec affection, conviction, et les doigts croisés dans le dos.
Il a tout admiré :
– les rues, dont certaines sont encore
carrossables par temps sec,
– les projets immobiliers, dont les
promoteurs eux-mêmes ont oublié le plan,
– et la dette, cette
montagne discrète que l’on distingue seulement quand on se penche
très fort ou quand on sait lire.
- On murmure que le préfet n’est pas dupe.
Ah mais les préfets, c’est comme les chats :
ils
voient dans l’obscurité, et ils retombent toujours sur leurs
pattes, même quand on leur montre un budget en lévitation.
Et puis, vous savez, le préfet a cette politesse raffinée des
gens qui ont tout compris mais qui font semblant de trouver ça
charmant.
Comme quand votre belle-mère goûte votre pot-au-feu
raté et dit :
« C’est original. »
- On dit pourtant que la commune flirte dangereusement avec la tutelle.
Flirter, c’est un bien grand mot.
Disons que nous
lui faisons des œillades appuyées.
Si la tutelle était un
monsieur, nous serions en train de lui envoyer des textos pastis à
la main.
Mais vous savez bien qu’il ne faut jamais croire les
chiffres.
Les chiffres, c’est comme les électeurs : ils sont
têtus et mal élevés.
- Comment réagissez-vous aux critiques sur l’état de la voirie ?
La voirie ?
Parfait état.
Elle permet à tous les Vauréens
d’expérimenter gratuitement les sensations d’un rallye sauvage
dans les Balkans.
J’appelle ça une politique culturelle
immersive.
- Et l’hôpital ?
Écoutez, j’ai toujours pensé qu’un hôpital vide, c’est un
hôpital où l’on ne tombe pas malade.
C’est une mesure
préventive révolutionnaire.
Je propose qu’on en fasse un
modèle national.
- Le préfet, dans tout ça, vous a promis son soutien.
Absolument.
Il m’a même dit : « Je suis derrière vous.
»
Ce à quoi j’ai répondu : « Je vous conseille de rester sur
le côté, c’est plus prudent quand je freine brusquement. »
- Un dernier mot pour les Vauréens ?
Oui.
Qu’ils se rassurent :
tout va bien.
Et
si un jour tout va mal,
je leur promets que je le nierai avec une
élégance rare.

On s'y croirait !
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