Quand tout est mélangé, plus personne ne comprend rien
Lors du dernier conseil municipal, il fut beaucoup question du budget. Et surtout des dettes.
Insatisfaite de la réponse du maire – ou plutôt de son absence de réponse précise, exercice dans lequel il excelle depuis plusieurs décennies – la liste « Changeons Lavaur » a choisi de saisir la presse.
Résultat : le débat public ressemble désormais à une soupe dans laquelle on mélange allègrement dette, engagements financiers, ligne de trésorerie, cautionnements et provisions diverses.
À la fin, tout le monde parle de millions imaginaires, personne ne sait réellement de quoi il parle, et le citoyen est prié de s'inquiéter selon "Changeons Lavaur" au paroxysme de son bashing Carayon ou de se rassurer selon le maire en regard de ses très fumeuses explications !
Essayons donc d'y voir clair.
La dette
Commençons par le plus simple.
L'encours de la dette est connu. Il est public. Il figure dans les documents budgétaires (le ROB).
Au 31 décembre 2025, il s'établissait à environ 27,6 M€.
Au 31 décembre 2026, après prise en compte du remboursement annuel et du nouvel emprunt d'un million d'euros annoncé pour juin, il devrait se situer autour de 24,2 M€.
Cet emprunt de 1 M€ est destiné à financé le programme d'investissements de 2026, c'est écrit dans la décision et non pas comme le dit le maire pour absorber le retard dans le paiement de subventions.
Ces chiffres ne sont contestés par personne. Même le maire les valide implicitement.
La dette existe donc bel et bien !
Elle est lourde.
Mais au moins elle est mesurable.
Le contrat ARAC
Vient ensuite le contrat de partenariat avec l'ARAC.
Ce n'est pas une dette bancaire.
C'est un engagement contractuel qui génère des charges annuelles.
La nuance est essentielle.
Une dette peut être restructurée, renégociée ou rééchelonnée pour éviter par exemple une mise sous tutelle.
Un contrat de partenariat impose des paiements selon des modalités définies à l'avance.
Plus encore, certaines composantes de cette charge sont indexées (loyer 2 et 3)
Autrement dit, elles évoluent avec les indices économiques, contrairement aux emprunts à taux fixe de la dette.
Cette charge est donc tout aussi importante à suivre que la dette elle-même, mais ce n'est pas une dette !
La ligne de trésorerie
Vient ensuite la fameuse ligne de trésorerie.
Là encore, beaucoup d'approximations circulent.
Une ligne de trésorerie n'est pas un emprunt d'investissement.
C'est une facilité bancaire destinée à faire face aux décalages de trésorerie en matière de fonctionnement.
En langage courant : elle permet de payer les salaires, les entreprises et les subventions lorsque l'argent attendu n'est pas encore arrivé.
Lorsque le maire explique que la commune sert de « banquier à ses cofinanceurs », la formule est élégante.
La réalité est plus prosaïque : si la trésorerie est tendue, c'est avant tout parce que les finances communales le sont.
Les cautionnements
Enfin, il y a les garanties accordées aux organismes de logement social.
Là encore, certains ont trouvé le moyen de gonfler artificiellement les chiffres.
Une garantie n'est pas une dette.
Elle ne devient une charge que si l'organisme garanti devient défaillant.
C'est une vision originale proposée par "Changeons Lavaur" mais totalement erronée.
Mais difficilement sérieuse. Manipulation ou plus vraisemblablement incompétence de ceux-là même qui se disaient en capacité de gérer la ville !
Le vrai sujet
Le véritable problème n'est pas de savoir si la dette et les charges annuelles sont de 25, 30 ou 40 millions dans les fantasmes des uns ou des autres.
Le vrai sujet est ailleurs.
Une commune sérieusement gérée devrait présenter deux informations fondamentales :
- l'évolution de son encours de dette ;
- l'évolution de ses charges récurrentes futures.
Or c'est précisément ce deuxième point qui manque.
Quel sera le coût réel du cinéma ?
Quel sera celui de la Maison des associations ?
Quel sera l'impact durable de Bel Air ?
Quelle sera la charge annuelle des nouveaux équipements ?
Sur ces questions essentielles, le silence demeure.
Et c'est précisément là que réside l'inquiétude.
Car une ville ne se met pas en difficulté à cause d'un chiffre isolé.
Elle s'y enfonce lorsque les dépenses futures ne sont ni anticipées, ni expliquées, ni débattues.
La question n'est donc pas de savoir qui exagère le plus la dette.
La question est de savoir qui est encore capable d'expliquer clairement où va l'argent et ce que coûteront les décisions prises aujourd'hui.
Pour l'instant, la réponse est inquiétante.
Et le débat public mérite mieux qu'un concours d'approximations.

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