Carton n°4/7 – Bel Air
Le grand projet d'un autre temps
Bel Air n'est pas qu'une erreur immobilière.
Bel Air est peut-être l'aboutissement d'une manière de gouverner qui a longtemps fonctionné… avant que le monde ne change.
1. Un besoin
Les associations manquent de locaux ou disposent de locaux devenus vétustes, inadaptés, parfois difficiles à maintenir.
C'est un vrai sujet.
La commune cherchait donc une solution pour créer une véritable maison des associations.
Sur ce besoin, il y avait consensus.
Restait à trouver la bonne réponse.
2. Trois solutions
Première solution.
En 2020, un immeuble avenue Malroux apparaît comme une opportunité.
Puis le projet est abandonné.
Deuxième solution.
Les Mazasses.
Un projet est lancé, des études sont engagées, une construction est envisagée.
Puis le projet est abandonné à son tour.
Enfin, soudainement, une troisième solution : Bel Air.
L'opportunité apparaît à l'automne 2024.
La négociation intervient en septembre.
L'acquisition est soumise au conseil municipal en décembre et le site est acheté en fin d'année pour 4,05 millions d'euros.
Trois solutions en quelques années.
Trois façons différentes de répondre au même besoin.
La question n'est donc pas de savoir s'il fallait faire quelque chose.
La question est de savoir comment on en est arrivé là.
3. La vraie question
À quel moment le projet d'utilisation du bâtiment a-t-il été suffisamment construit pour justifier son acquisition ?
C'est ici que le dossier devient intéressant.
Le conseil municipal est appelé à se prononcer alors que les différentes affectations et les travaux nécessaires ne semblent pas encore avoir été précisément détaillés dans la délibération.
À l'époque, le projet annoncé est ambitieux : maison des associations, maison Sport-Santé, archives, ESL, consultations médicales et autres services publics.
Près de deux ans après, le bâtiment n'est encore que très partiellement occupé.
Et le futur maire devra donc continuer à découvrir le contenu du cadeau.
Les mises aux normes.
Les aménagements.
Les travaux de conformité.
La maintenance.
L'isolation.
La sécurité.
Le chauffage.
Les assurances.
Les taxes.
Et, surtout, le coût réel du fonctionnement.
Le prix d'achat, lui, est parfaitement connu.
Le coût global, beaucoup moins.
4. Le symptôme
Bel Air concentre à lui seul plusieurs questions déjà rencontrées dans les cartons précédents.
Une décision prise dans un calendrier resserré dans le plus grand secret.
Un projet d'utilisation qui devra encore démontrer toute sa cohérence.
Un investissement dont les conséquences financières et fonctionnelles apparaissent progressivement.
Une façon de conduire un projet qui ressemble davantage aux méthodes d'un autre siècle qu'aux exigences actuelles de la gestion publique raisonnable.
Bel Air est un symptôme.
Celui d'une époque où construire était souvent considéré comme une politique publique en soi.
Mais aujourd'hui, un bâtiment ne se résume plus à son prix d'acquisition.
Il faut savoir pourquoi on l'achète, comment on l'utilise, combien il coûtera et ce qu'il apportera réellement aux habitants.
5. L'héritage
Le prochain maire n'aura probablement plus le luxe de choisir entre conserver ou abandonner Bel Air.
Il faudra le faire vivre.
Il faudra donc regarder sans tabou toutes les solutions permettant de mieux utiliser ces 5 000 m² environ : mutualisation des espaces, accueil d'autres activités, partenariats avec les organismes sociaux ou médicaux, éventuelle évolution des usages.
L'objectif ne devra pas être de justifier l'achat.
Il devra être de rendre utile ce qui a été acheté.
Un bâtiment ne devient jamais un problème le jour où on l'achète.
Il devient un problème lorsque le projet qu'il est censé porter reste à inventer.
Bel Air n'est plus un projet.
C'est désormais une responsabilité.

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