Quand une installation ancienne devient une nouveauté municipale, il faut surtout savoir communiquer !
Il fallait oser.
C'est fait.
Notre maire vient de nous annoncer, avec toute la solennité qui convient, l'installation prochaine d'un cardiologue à l'espace Jean-Besse.
Excellente nouvelle !
Sauf qu'à y regarder de plus près, le centre existe déjà.
Depuis au moins un an pour ce qui concerne cette spécialité.
(ouvert il y a un an selon le site de l'espace J.Besse)
Alors évidemment, présenter comme une conquête municipale ce qui existe déjà est une technique de communication comme une autre.
À Lavaur, même les vieilles nouvelles peuvent faire de belles inaugurations.
Le maire, chevalier blanc de la santé
Depuis quelques années, notre maire semble avoir découvert une vocation : sauver la santé à Lavaur.
Il faudrait pourtant rétablir quelques vérités.
L'hôpital ?
Son évolution, son rapprochement, son développement, son scanner, son IRM, sa maternité exemplaire : ce n'est pas le fruit du génie municipal.
Ce sont des politiques de santé publique, des décisions institutionnelles, des investissements et surtout le travail des professionnels qui font vivre l'établissement.
La commune peut accompagner.
Elle peut faciliter.
Elle peut soutenir.
Mais elle ne peut pas s'attribuer les enfants des autres.
Et puis il y a le désert médical...
Face au manque de médecins, la communication municipale nous a ensuite vendu le centre de soins non programmés comme une réponse au désert médical.
Pourquoi pas ?
Sauf qu'un centre de soins non programmés ne remplace pas un médecin traitant.
Il répond à une autre nécessité : celle d'une prise en charge ponctuelle.
Ce n'est pas la même chose.
Et surtout, cela ne règle pas le problème essentiel :
qui suivra durablement les patients ?
Qui connaîtra leur histoire médicale ?
Qui renouvellera leur traitement ?
Qui suivra leur diabète, leur hypertension, leur insuffisance cardiaque ?
Qui sera leur médecin lorsque leur médecin partira à la retraite ?
C'est là que les choses deviennent beaucoup moins amusantes.
Bienvenue dans le triangle des Bermudes
Regardons Lavaur.
Un pôle hospitalier ici.
Un centre de soins là.
Un centre de cardiologie ailleurs.
Sur une carte, cela commence à ressembler à une politique de santé.
Dans la réalité, c'est peut-être surtout un joli triangle des Bermudes.
Parce qu'au milieu, il y a le patient.
Et le patient, lui, peut disparaître.
Pas géographiquement.
Médicalement.
En cette fin d'année, deux médecins référents doivent partir à la retraite, sans remplacement annoncé.
Selon les chiffres de l'assurance maladie, ce sont environ 2 000 patients (2000 à 2500) qui risquent de se retrouver sans médecin référent.
Deux mille personnes.
Deux mille parcours médicaux.
Deux mille familles auxquelles il faudra répondre :
« Qui va maintenant vous prendre en charge ? »
Et pendant ce temps-là ?
On annonce des installations.
On communique.
On inaugure presque ce qui existe déjà.
On transforme une ancienne nouvelle en victoire municipale.
La communication médicale fonctionne donc à Lavaur selon un principe assez simple : quand on ne peut pas créer une solution, on peut toujours créer son annonce.
Mais le désert médical, lui, ne communique pas.
Il ne fait pas de photo.
Il ne pose pas devant une plaque.
Il ne publie pas de communiqué.
Il se mesure au téléphone d'un patient qui appelle dix cabinets et entend dix fois :
« Désolé, nous ne prenons plus de nouveaux patients. »
Il se mesure au retraité qui cherche un médecin.
À la famille qui cherche un pédiatre.
Au malade chronique qui perd son médecin traitant.
À celui qui finit aux urgences faute d'autre solution.
C'est cela, le désert médical.
Et il ne disparaîtra pas parce qu'on aura trouvé une belle formule pour l'annoncer.
Alors, monsieur le maire, une suggestion toute simple :
ne nous annoncez pas seulement ce qui existe.
Dites-nous ce qui manque.
Dites-nous combien de médecins il faut.
Combien de patients sont aujourd'hui sans médecin traitant.
Combien partiront à la retraite.
Combien seront remplacés.
Quels moyens la commune mobilise réellement.
Et surtout, quel résultat vous engagez-vous à obtenir ?
Parce qu'entre communiquer sur la santé et agir sur l'accès aux soins, il y a exactement la distance qui sépare une inauguration d'une solution.
Et dans le triangle des Bermudes vauréen,
ce ne sont pas les cardiologues qui disparaissent.
Ce sont les médecins traitants.

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