Professionnaliser l'administration communale...
Je pourrais faire comme Changeons Lavaur le fait avec une constance qui force presque l'admiration : féliciter tout le monde.
Saluer le dévouement des fonctionnaires municipaux, leur compétence, leur disponibilité.
Applaudir même.
Pourquoi pas ?
Qui applaudit son boulanger chaque matin parce qu'il a réussi à faire du pain ?
Je pourrais.
Je ne le ferai pas.
Non pas que je doute du travail des agents municipaux. Bien au contraire. Après plus de quarante années d'expérience, je considère comme une évidence qu'une administration repose d'abord sur des femmes et des hommes qui travaillent, qui connaissent leur métier et qui font, souvent, beaucoup avec les moyens dont ils disposent.
Mais précisément pour cette raison, je préfère regarder les faits plutôt que distribuer des bons points.
Et les faits, parfois, sont têtus.
Les assurances : un marché qui mérite mieux qu'un dossier approximatif
La commune vient de lancer un appel à la concurrence pour ses contrats d'assurance : risques automobiles, dommages aux biens, responsabilités, protection juridique.
Nous avons déjà évoqué les étonnants copier-coller qui se sont glissés dans le dossier.
Mais ce n'était finalement que la partie visible de l'iceberg.
Car lorsqu'on regarde un peu plus attentivement le contenu du dossier, une question finit par s'imposer :
qui contrôle réellement ce qui sort de la mairie ?
Nous nous souvenons de l'épisode de l'année dernière : période de « non-assurance » car en recherche d'assureurs, puis intervention providentielle du maire qui expliquait avoir « actionné ses réseaux » pour parvenir finalement à des propositions particulièrement coûteuses.
À l'époque, Lavaur Citoyenne, devenue depuis Changeons Lavaur, avait été montrée du doigt.
Elle n'y était pour rien.
Mais elle avait trouvé le moyen de ne pas se défendre.
Ce qui, en politique, est une autre forme d'efficacité.
Les raisons de l'augmentation des primes étaient pourtant ailleurs : évolution du marché de l'assurance, augmentation des sinistres, conséquences du changement climatique, réévaluation des risques et évolution du patrimoine communal, émeutes en milieu urbain.
Et notamment l'intégration de nouveaux biens dans le périmètre assuré.
Bel Air, par exemple.
Cette année, nous voilà repartis pour un nouvel appel d'offres.
Même motif ?
Même punition ?
Peut-être.
Mais cette fois, le problème n'est pas seulement le prix.
C'est la qualité du dossier présenté aux assureurs.
Assurer quoi, exactement ?
Un assureur a besoin de connaître les risques qu'il va couvrir.
C'est assez logique.
Pour un bâtiment communal, il faut donc disposer des informations permettant d'apprécier son état, sa conformité, les contrôles de sécurité, les éventuelles prescriptions et leur suivi.
Bref : il faut savoir ce que l'on assure.
Et là, le dossier devient franchement inquiétant.
Je vous ai parlé du copier-coller.
Regardons maintenant les pièces manquantes, obsolètes ou insuffisantes.
Prenons l'exemple le plus emblématique :
l'Hôtel de Ville.
Le procès-verbal de la commission de sécurité fourni au dossier date de 2021.
Or, pour cet établissement recevant du public, la périodicité des visites de sécurité applicable impose un suivi régulier, tous les 3 ans.
Alors une question toute simple :
où est le document à jour ?
Et ce n'est pas un cas isolé.
Pour d'autres bâtiments, dont Atelier 81, on ne retrouve pas davantage les éléments permettant de vérifier la mise en conformité et le suivi des prescriptions.
Et pour Bel Air, cherchez les documents relatifs aux contrôles de sécurité, à la conformité électrique, aux éléments permettant d'apprécier le risque...
Vous trouverez le bâtiment dans la liste des biens à assurer.
Pour le reste, c'est beaucoup plus discret.
L'assurance à l'aveugle
Il faut quand même mesurer ce que cela signifie.
On demande à des compagnies d'assurance de chiffrer le risque de biens communaux alors que le dossier qui leur est remis est, sur certains points essentiels, incomplet ou obsolète.
C'est un peu comme demander à un médecin de poser un diagnostic en lui fournissant le dossier médical d'il y a cinq ans.
Et de s'étonner ensuite que la consultation coûte cher.
Alors non, je ne vais pas accabler les agents qui ont constitué le dossier.
Ils appliquent des procédures.
Encore faut-il qu'il y en ait.
Encore faut-il qu'un responsable relise.
Encore faut-il qu'une validation soit réellement une validation et pas simplement une case à cocher avant publication.
C'est là que se situe le problème.
Pas dans le stylo de celui qui a préparé le document.
Dans la chaîne de responsabilité de celui qui l'a laissé partir.
Et pendant ce temps, que fait l'opposition ?
C'est ici que Changeons Lavaur mérite aussi sa place dans cette histoire.
Parce qu'en qualité d'opposition municipale elle pourrait faire exactement ce qu'elle prétend vouloir faire :
contrôler.
Lire les dossiers.
Comparer les pièces.
Relever les anomalies.
Poser des questions précises.
Demander des corrections.
Bref : faire le travail d'opposition.
Mais il est tellement plus facile de commenter une décision une fois qu'elle est prise, de lancer une pétition ou de dénoncer une politique que de passer des heures à éplucher des pièces administratives.
La critique est spectaculaire.
Le contrôle est laborieux.
Et pourtant, c'est précisément ce travail ingrat qui peut éviter les erreurs, sécuriser les décisions et défendre réellement l'intérêt des Vauréens.
Alors, oui :
il faut professionnaliser l'administration communale.
Mais il faut surtout professionnaliser toute la chaîne de décision.
Des agents qui préparent.
Des responsables qui contrôlent.
Des élus qui vérifient.
Une opposition qui travaille.
Et une majorité qui assume.
En résumé ?
Faire le job.
Et surtout :
le faire correctement.
Parce qu'une commune ne se gère pas avec des copier-coller, des applaudissements et des effets de communication.
Et lorsqu'il s'agit d'assurance, il y a une petite différence avec une publication Facebook :
le jour où ça brûle, ce ne sont pas les likes qui indemnisent la commune.

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