Michel était un brave gars.
Il aimait sa ville, voulait être utile et, surtout, avait une qualité rare chez un élu : il regardait les dossiers avant de voter.
Au début, il lisait les délibérations.
Il écoutait le maire.
Il écoutait l'opposition.
Et, comble de liberté, il attendait les débats pour se faire une opinion.
Puis Michel est entré dans la majorité.
On lui expliqua les dossiers.
On lui expliqua aussi que l'opposition allait critiquer.
Que certaines questions étaient politiques.
Que certaines critiques étaient exagérées.
Et petit à petit, Michel apprit une chose essentielle :
il y avait désormais « nous »… et « eux ».
Et dans cette merveilleuse mécanique municipale, une idée proposée par « nous » devient une bonne idée.
La même idée proposée par « eux » devient… une polémique.
Puis arrive le conseil municipal.
L'opposition pose une question.
Michel trouve la question intéressante.
Il regarde son voisin.
Son voisin ne bouge pas.
Le maire répond.
Le premier adjoint intervient.
Le ton monte.
Michel commence à avoir un doute.
Puis il regarde autour de lui.
Personne ne semble inquiet.
Alors il se rassure :
« S'ils ne disent rien, c'est probablement que tout va bien. »
Et voilà le piège.
Cinq élus peuvent avoir un doute.
Si aucun ne parle, chacun croit être le seul.
Alors tout le monde se tait.
Et cinq personnes silencieuses donnent l'impression que quarante sont parfaitement d'accord.
La démocratie vient d'inventer le consensus… sans demander son avis à personne.
Et puis il y a la loyauté.
Michel a fait campagne avec les autres.
Il a collé des affiches.
Serré des mains.
Partagé des réunions.
Alors, peu à peu, une critique du dossier devient une critique de l'équipe.
Et la question n'est plus :
« Cette décision est-elle bonne ? »
Mais :
« Pourquoi l'opposition attaque-t-elle encore notre majorité ? »
La nuance est petite.
Les conséquences peuvent être grandes.
Et Michel lève la main.
« Qui est contre ? »
Personne.
« Qui s'abstient ? »
Personne.
« Qui est pour ? »
Michel lève la main.
Comme les autres.
Il n'est pourtant pas complètement convaincu.
Mais le dossier a été présenté.
Le maire l'a défendu.
Les collègues sont d'accord.
Alors il vote.
Et après avoir voté, il lui faut maintenant expliquer pourquoi.
« C'était nécessaire. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu'il faut avancer. »
« Oui, mais pourquoi cette décision ? »
Petit silence.
Michel connaît désormais la réponse… mais il a oublié la question.
Et c'est là que cette histoire devient intéressante.
Le phénomène ne concerne pas un parti en particulier.
Il peut arriver partout où la loyauté au groupe finit par remplacer le débat.
Une majorité n'a pas besoin d'être unanime pour être solide.
Au contraire.
Une majorité solide, c'est peut-être celle où un conseiller peut dire :
« Là, je ne suis pas d'accord. »
Sans avoir l'impression de trahir les siens.
Alors, la prochaine fois que vous regarderez un conseil municipal, ne regardez pas seulement qui lève la main.
Regardez :
qui parle, qui se tait, qui questionne, qui répond… et surtout qui ose dire non.
Parce qu'au fond, le jour où Michel dira :
« Attendez… je ne suis pas sûr. »
Michel ne sera peut-être pas devenu un mauvais conseiller.
Il sera peut-être simplement redevenu citoyen.
Et, entre nous…
un conseil municipal où Michel commence à réfléchir tout haut, ça pourrait devenir très intéressant.
Surtout pour ceux qui regardent.
Et peut-être un peu moins pour ceux qui aiment les mains qui se lèvent toutes seules.
Clin d'œil au "Sidobre Enchainé", dont le texte intitulé "le jour où Michel leva la main" m'a donné l'idée de cette adaptation vauréenne.
Le texte a été entièrement resserré et réécrit avec la collaboration de l'IA.
Merci donc au Sidobre Enchaîné pour l'idée de départ !

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