Tous courbent l'échine.
Pire : j'ai parfois le sentiment qu'ils finissent par trouver cela normal.
Le GAT TO, les « écolos » du conseil municipal, persiflent sur les 90 % de circuit court annoncés par la majorité, sans jamais produire les chiffres permettant de vérifier cette affirmation.
Je pourrais m'en indigner.
Je le fais d'ailleurs régulièrement.
Mais aujourd'hui, ce n'est pas mon sujet.
Aujourd'hui, c'est la démocratie municipale qui me préoccupe.
Et là, le spectacle est autrement plus inquiétant.
Hier, devant le mur fraîchement refait de l'école Beltrame, le maire et deux de ses adjoints nous annonçaient tranquillement des mesures et des tarifs qui n'avaient pas encore été soumis au vote du conseil municipal.
Le conseil se réunit ce soir.
Alors une question toute simple :
À quoi sert-il ?
À enregistrer ?
À applaudir ?
À valider après coup ce qui a déjà été décidé et annoncé ?
Si tel est le fonctionnement retenu, autant être honnête et économiser quelques heures de réunion.
Ce que je vais faire !!!
Et je suis surpris que le GAT TO, si prompt à dégainer ses inénarrables PowerPoint, ne se soit pas emparé de cette question fondamentale.
Car ce soir, le conseil doit notamment adopter son règlement intérieur.
Voilà qui tombe à point nommé.
On pourrait presque en rédiger une version adaptée à la pratique observée.
RÈGLEMENT INTÉRIEUR DU CONSEIL MUNICIPAL
VERSION OFFICIEUSE
Article 1. Le maire a toujours raison.
Article 2. Lorsque le maire a tort, hypothèse purement théorique, l'article 1 s'applique.
Article 3. Les décisions peuvent être annoncées avant leur présentation au conseil. Le vote viendra confirmer ce qui est déjà annoncé.
Article 4. L'opposition peut s'exprimer librement, sous réserve que sa liberté ne perturbe pas le bon déroulement des décisions déjà prises.
Article 5. Les questions de l'opposition sont autorisées. Leur pertinence est appréciée par le maire.
Article 6. Les votes sont considérés comme acquis lorsque leur résultat paraît suffisamment évident.
Article 7. Les membres de la majorité sont invités à conserver une discrétion compatible avec leur devoir de solidarité.
Article 8. Lorsque le maire demande des applaudissements, les applaudissements sont fortement recommandés.
Article 9. Le conseil municipal se réunit.
Article 10. Le maire décide.
Article 11. Le conseil approuve.
Article 12. Toute ressemblance avec un fonctionnement réellement observé serait naturellement fortuite.
....................
Évidemment, ce n'est pas le règlement intérieur qui dira cela.
Et c'est précisément le problème.
Un conseil municipal n'est pas une chambre d'enregistrement.
Une majorité municipale n'est pas un public.
Une opposition n'est pas un élément décoratif.
Et un maire n'est pas propriétaire du conseil municipal.
Le conseil délibère, débat, contrôle et vote.
C'est même, me semble-t-il, l'essence de la démocratie locale.
Alors je repose la question, tranquillement cette fois :
À quoi sert cette réunion ?
Et surtout :
À quoi serviront les prochaines si tout est déjà décidé avant qu'elles ne commencent ?
Parce que la démocratie municipale ne devrait pas être un théâtre où le conseil découvre le scénario après que le spectacle a commencé.
Et pendant que certains courbent l'échine, il serait peut-être temps que quelques-uns se redressent.

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